Libérez les régions pour qu'elles deviennent des acteurs développeurs de croissance et d'emplois
Les paradoxes pathologiques contre l'emploi
Le marché marocain de l'emploi souffre d'un paradoxe culturellement et sociologiquement pathologique. Des centaines de milliers d'offres d'emploi restent non pourvus, et notamment celles qui exigent des qualifications et de la mobilité sociale, inversement, 2 millions de jeunes ne trouvent pas de preneurs. Diplômés en formations inachevées ou peu prisées, d'autres sont carrément sans bagages scolaires, tous trainent dans une avalanche de stages à l'infini, débouchant dans le meilleur des cas, sur un emploi précaire, instable et dévalorisant. Ce dysfonctionnement structurel qui a une relation de cause à effet entre formation et emploi dure depuis une trentaine d'années, et ne cesse de se creuser, provoquant pour l'instant des contestations silencieusement assourdissantes chez les chefs d'entreprise et chez les travailleurs et plus particulièrement chez les jeunes. Là où le bât blesse, le gouvernement semble peu à l'écoute, peu pressé, peu courageux pour s'y engager avec imagination et agressivité par un programme d'action efficace sur la question sociale épineuse «éducation-formation-emploi». Il y a urgence pour que le gouvernement manifeste sa présence et agit en mettant en œuvre un plan d'actions qui aboutit à des résultats concrets.
Opérateurs régionaux de l'emploi
A cet effet, il doit rassembler l'élite du pays, les motiver à s'y impliquer autour de projets sociaux audacieux en toute liberté, en ayant en main des données sociologiques et statistiques fiables et mesurables sur cette question. Pour ne plus perdre du temps et aller directement au but, il faut mettre à la casse les codes erronés, les principes poussiéreux, et se libérer des statu quo technicistes et de toute sorte de préjugés nuisibles au dialogue et à l'action collective. Justement, le Forum permanent doit prendre racines au niveau des régions, entre et avec les animateurs-développeurs de la vie politique, économique et culturelle, les créateurs-innovateurs des idées et des expériences réussies, les groupes de croissance et toutes les forces vives de bonne volonté. Au-delà du droit de l'inventaire et du mea culpa des uns et des autres, il faut effectuer les états des lieux des sans emplois et des formations, la revalorisation des intelligences collectives, l'exploration des identités économiques en fonction des spécificités de chaque région et des différents secteurs tels le BTP, l'éducation, la santé, l'habitat, le tourisme, l'agriculture, les services immatériels, l'artisanat, la culture, les loisirs et les sports…
En toute honnêteté intellectuelle et politique, le pouvoir public doit changer d'attitude de donneur d'ordres en modernisant sa vision des sociétés marocaines régionales, les désenclavant politiquement et économiquement pour les intégrer dans une stratégie nationale et internationale, en pratique, les soutenir à créer des systèmes d'informations et de gestion entre l'offre et la demande d'emploi, le ciblage des secteurs porteurs, la création d'écoles d'ingénieurs et de techniciens, l'accroissement, en moyenne de 5 à 10 nouveaux programmes de formation en express par an, se rapportant aux métiers émergents et aux professions manquant de compétences, la revalorisation du travail manuel et du savoir-faire traditionnel, la création de pôles de recherche et d'innovation, la labellisation des produits du terroir répondant aux normes internationales…
A ce sujet, pour que la machine régionale de l'emploi puisse tourner vite et bien, elle a besoin d'un seul et unique opérateur gestionnaire d'orientation et de placement des sans-emploi. Ayant une autonomie d'action et bien armé en compétences et puis une mission précise, celui-ci saura à quoi se tenir. Son action sera évaluée annuellement et validée en fonction de ses performances dont dépend, certes, le renouvellement de son contrat.
Articulation logique entre national et régions
Politiquement, la légitimité des régions s'affirmera dans le domaine «éducation-formation-emploi» davantage par le pouvoir d'influences actives plutôt que par la simple prescription; ce qui impose l'articulation logique par rapport aux objectifs politiques définis au niveau national. Autrement dit, les pouvoirs publics doivent revoir leur copie puisqu'ils se trompent d'outils, d'intermédiaires, de méthodes d'accompagnement, et d'aspirations des jeunes et des attentes du marché, bref, oser placer l'imagination au service des intérêts collectifs.
Là où le Maroc crée des programmes publics trop lourds et trop coûteux, gérés par une suradministration jacobine qui ignore presque tout de l'environnement de l'entreprise et des mutations internationales, la nouvelle tendance des dispositifs insertion professionnelle qui se généralise dans les pays qui gagnent des points précieux contre le chômage, privilégie la sous-traitance par le privé des services d'accompagnement des sans-emploi. L'Australie, les Pays-Bas, la Suède, l'Irlande, les Etats-Unis, le Canada qui ont opté pour cette politique accrue de défonctionnarisation, font appel à des agents économiques privés rôdés à un marché d'emploi plus fluide et très complexe par l'évolution technologique, la mondialisation, le nomadisme des compétences, la transition de l'industrie aux services cognitifs.
Réapprendre à vivre ensemble, à travailler ensemble
En adoptant le procédé de la sous-traitance de la gestion des compétences et de l'emploi par le privé , les performances des opérateurs régionaux seront quantifiables et visibles, par-dessus le marché, le budget de l'Etat marocain consacré à cette question sera nettement moins onéreux que les dépenses éparpillées qui lui y sont réservées actuellement; d'où possibilités d'investir le surplus dans des actions se rattachant, par exemple, à une meilleure harmonisation entre le demande économique et la gestion des compétences où à la mise en valeur d'expérimentations innovantes.
Pour consolider les stratégies économiques régionales et miser sur la réduction du piège du chômage, il ne suffit pas de manier des incitants sporadiques tant financiers que pédagogiques, il incombe aux autorités nationales d'élaborer des politiques sociales attractives et macro-économiques pour d'une part s'attaquer
aux causes profondes des migrations des jeunes vers les grandes
villes (Casablanca, Rabat, Marrakech), et d'autre part, d'être susceptibles de stimuler et d'appuyer les initiatives régionales qui restent les moteurs fondamentaux de la croissance et la création d'emplois. A ce sujet, il faut avant tout que l'essentiel des intérêts des Marocains soit le Maroc, en premier, des décideurs nationaux et régionaux qui doivent réapprendre les bonnes habitudes de bons citoyens à travailler ensemble, à vivre ensemble pour rendre la société marocaine plus équitable, plus confortable et plus heureuse, du coup, les héritiers trouveront des raisons objectives et claires pour l'aimer et s'y investir pleinement.
Professeur Mohamed Hamadi Bekouchi : «les 3 C ; culture – communication - connaissance »
(Le Matin 19/07/2006)
Le professeur Mohamed Bekouchi est intervenu sur le thème: "Connaissance mutuelle entre l'Afrique et la Diaspora : identité et coopération", mettant en exergue l'importance de la théorie des trois C: Culture-Connaissance-Communication.
M. Bekouchi a souligné la nécessité d'une forte volonté politique, de part et d'autre, pour réaliser une meilleure circulation du savoir et de connaissances entre l'Afrique et sa diaspora. Il a également relaté l'expérience marocaine en mettant l'accent sur l'intérêt que porte le gouvernement de Sa Majesté le Roi à la Communauté marocaine à l'étranger et aux diverses compétences dont disposent ses membres
Mohamed Hamadi BEKOUCHI : De l’âge usinier aux services Immatériels et cognitifs
Depuis la nuit des temps, l'objectif premier de l'entreprise reste le profit financier et l'augmentation de son capital. A ce sujet, le business n'obéit point au jeu de la roulette russe et s’oppose à tout ce qui provient de l’altruisme désuet et des lois divines
Association d’intelligences
Depuis la nuit des temps, l'objectif premier de l'entreprise reste le profit financier et l'augmentation de son capital. A ce sujet, le business n'obéit point au jeu de la roulette russe et s’oppose à tout ce qui provient de l’altruisme désuet et des lois divines. Plus que par le passé, toute entreprise qui vise l’excellence est condamné à inventer de nouvelles philosophies du travail pragmatiques et créatives car elle vogue dans une mer agitée et trouble ! Les rivaux les plus enragés renversent les inaptes.
L'entreprise est une association des intelligences collectives : hommes et femmes [1], de jeunes et de moins jeunes engagées dans une relation organique dans le travail leur prend le meilleur de ce qu'ils ont en mieux en force physico-affective, mentale et en fraîcheur intellectuelle. Par nature, c’est un lieu où s'orchestre avec le plus de conviction la valse des éthiques raisonnant, d’ailleurs, de moins en moins par catégories socioprofessionnelles ou par clans de rentiers et encore moins par esprit de propriétaire-carriériste.
Dénationalisée et mondialisée
Il n'y a pas très longtemps encore, l'entreprise marocaine avait des pratiques managerielles qui étaient intimement liées à son environnement économique immédiat et à l'héritage social et familial de son Maître féodal et de ses Sujets intimidés. C'est l'expansion de l'économie de marché à l'échelle mondiale via sa libéralisation et la multiplication des systèmes de communication qui a tout chamboulé en imposant des produits et des services immatériels et cognitifs » [2].
Obligée, par conséquent, de se d&nationaliser et de se dénationaliser, l'entreprise marocaine [3] ne peut accéder à l'arène des Grands que par la mise en valeur de ses intelligences humaines ; concrètement, les préparer à être capable d’imaginer et d’anticiper
Et pourtant, l’entreprise marocaine est restée muette et sourde aux profondes mutations sociologiques que connait le monde du travail et les rapports socioprofessionnels. Elle vit à l'âge usinier, sous-estimant la puissance de la révolution scientifique et économique qui se déroule autour d'elle. Très généralement, du PDG à l'agent d'accueil, ils s'accrochent à leur poste et aux systèmes archaïques d'organisation et aux anciennes filières d'attribution de galons fictifs.
Les logiques évidentes de changement
Que l'on soit patron, cadre, agent d'exécution ou encore artisan ou saisonnier, ou jeune sur la voie d'intégrer le monde du travail, le parcours professionnel ne sera plus canalisé dans le même secteur d’activités ni le même métier ni dans la même localité pour la vie comme par le passé.
Si les logiques évidentes de changement deviennent une exigence de la société des sciences et des techniques. Paradoxalement, le gros du bataillon y compris des dirigeants marocains, n'a pas la fringale du savoir ni ayant assimilé les cultures de changement. Difficile, par conséquent, pour les uns comme pour les autres de se débarrasser, du jour au lendemain ; de lourds handicaps psychologiques et culturels qu’ils trimbalent, dès lors, le danger qu’affronte l’économie marocaine, n’émane pas foncièrement de la puissance des Grands pays et des multinationales, mais plutôt de la manière de réagir avec les logiques d'hier
Tristement, seule une minorité de leaders marocains a intériorisé les valeurs du changement ; du coup, ils rayent de leur tableau de bord tout ce qui peut naître de la seigneurie tribale du début du 20ème siècle et de la procrastination. Ne dormant jamais sur leurs lauriers. Ils savent que leurs collaborateurs ont besoin d’eux, à tout instant, pour les écouter, pour les conseiller, pour les motiver et parfois, pour les remettre à leur place.
Conscients que tout se construit et se défait sans délai. Plus question pour cette race de mentors de se contenter d'observer le train en marche. N’est- ce pas la légende de l'entreprise gagnante ne se déclare pas, elle se crée à travers l'innovation et la croissance ? Il y a déjà presque deux siècles que Schumpeter, le fondateur de l'économie du changement, a mentionné «qu'à l'origine du profit se trouve l'innovation» [4].
Revalorisation du smic culturel
Dans une dizaine d’années, il faut dire adieu dans à l'arpète, au mousse, au coursier, à la domestique, aux marchands ambulants, aux petits détaillants, aux gardiens de voitures, qui furent longtemps des occupations honorables, un écran social contre l'exclusion et l'anomie.
Hostile aux résistances et à l’ignorance, le principal capital de la société des sciences et des techniques provient des intelligences. Aucune nation comme entreprise qui n'en est pas persuadées ne survivront. Des milliers de nouveaux métiers et de nouveaux secteurs d’activités et de nouveaux produits [5] apparaîtront exigeant, du coup, une ressource humaine qualifiée et mobiles ; « une sorte de génération inoxydable » [6].
A cet effet, le smic culturel est revalorisé ne se limitant plus à savoir lire et écrire. La personne doit, de surcroit, être en mesure de maîtriser une ou deux langues, de posséder des connaissances substantielles en informatique et en culture générale et ayant le goût de mobilité et la prise d’initiatives. On relève fâcheusement que le Maroc parait bien loin du compte. Une certitude, si la société marocaine demeure sous l'emprise du démon des illusions perdues et fantasmagoriques, elle risque, facto, d’être renvoyée, à l'ère antique ou de fabriquer que sa propre menace et son auto flagellation... voire son suicide économique et culturel.
Promoteurs de démocratie économique et culturelle
Incontestablement, l’unique choix pour les politiques, les dirigeants d’entreprise, les syndicalistes, les intellectuels et tous ceux qui sont posés sur un quelconque trône doivent trouver de nouvelles raisons suffisamment solides et convaincantes pour inciter les générations montantes à croire et à aimer le Maroc et la vie.
En clair pour que les espérances marocaines ne soient plus que fantasmes et discours nationalitaires et se transforment en projets gagnants, tous :grands comme petits doivent être conscients et s’engagent car ils sont embarqués dans le même bateau devenir d’authentiques promoteurs d'une démocratie économique et culturelle, plus forte et plus juste, favorisant, ainsi, au Maroc dans un moyen terme ; 10 à 15 ans, l'accès à la galaxie des nations heureuses.
N'est-il pas prouvé que le leitmotiv des entreprises et des nations qui visent l'excellence a pour tiercé gagnant : travailler beaucoup, travailler toujours et travailler encore ?
[1] La mixité sexuelle est une évidence naturelle, une exigence de civilisation des temps modernes. En Europe, la proportion des femmes actives par rapport aux hommes « est de 45,5% en France, de 45,7% en Allemagne, de 46% en Grande Bretagne et de 41% en Espagne ». Invraisemblable ! Pour les 10,5 millions d'actifs au Maroc on enregistre à peine 2,5 millions de femmes : 4 hommes pour moins d'une femme. En plus, des discriminations salariales et des harcèlements moraux et sexuels, elles sont sous-représentées dans les postes de direction. En revanche, celles-ci représentent le plus gros bataillon dans les industries manufacturières et la catégorie du personnel intérimaire et domestique.
[2] GORZ A. L’immatériel, Ed Galilée, 2003
[3] EL MALKI T. Risque pays et stratégies d’investissement : le cas du Maroc, Ed Okad El Jadida.2006
[4] SHUMPETER Joseph, Les cycles des affaires; Business Cycles: a Theoretical, Historical and Statistical Analysis of the Capitalist Process. 1939
[5] En 2008, plus de 1 000 produits verront le jour, juste dans le secteur numérique
[6] CIQUEL M., La génération inoxydable, Ed Grasset, 1989.
*Pr. Mohamed Hamadi Bekouchi est aussi un spécialiste des secrets de l’univers entrepreneurial. En sa qualité de consultant international, il conseille de grands dirigeants aux quatre coins du monde. Après son dernier succès « La Diaspora Marocaine », son nouvel ouvrage, « La rage de gagner » s’attaque au sujet passionnant et épineux du développement personnel, de l’intelligence collective et de l’épanouissement de l’entreprise marocaine. Voici le fruit de trente années d’expériences au Canada, en France, en Grande Bretagne, aux Pays Scandinaves, au Brésil et en Afrique du Nord.
| Résident dans au moins quatre pays (Maroc, France, Suède et Canada) où il enseigne, titulaire d’une série de doctorats d’Etat, Mohamed Hamadi Bekouchi se présente comme “concepteur médiatique”, qui est le titre de son dernier doctorat, celui qu’il a obtenu à Paris XIII dans la discipline Sciences de l’Homme, avec mention très bien (comme les autres!). Cet intellectuel hors gabarit vient de publier son cinquième livre, “La rage de gagner ou comment créer du bonheur et de la richesse dans votre entreprise”. Un de ses ouvrages a eu un très fort retentissement en France, “Du bled à la ZUP” (L’Harmattan): il montrait, en 1984, les failles de l’intégration et prédisait des explosions dans les banlieues françaises, ce qui a valu à l’ouvrage d’avoir une deuxième heure de gloire, en 2006-07. Dans les différentes disciplines qu’il pratique et enseigne, le Pr Bekouchi défend la thèse de la prééminence de la culture. Parallèlement, il assure des interventions de consultant dans diverses entreprises et a été administrateur du Fonds français d’Action sociale (FAS, un organisme public doté d’un budget de 1,3 milliard d’euros) L’université marocaine est hors-jeu. Personne n’est satisfait de cette situation, ni les parents, ni les éducateurs, chefs d’entreprise, responsables politiques associatifs et ni, en premier lieu, les jeunes. D’emblée, il faut souligner que le ras-le-bol généralisé contre le système n’incombe pas uniquement à l’université. Elle n’est que le dernier maillon d’un processus scolaire long et pénible pour l’élève. Quel gâchis! Pendant une quinzaine d’années, l’élève pâtit: 4 élèves sur 10 décrochent avant le collège et 8 sur 10 des inscrits au primaire n’obtiennent jamais un diplôme universitaire. L’instauration de cargaison de réformettes du trio Licence-Master-Doctorat, teintée de semblant d’autonomie, n’a fait qu’aggraver le mal-être des étudiants, des universitaires et de l’université. · Le marché à l’université L’université est obligée de s’ouvrir sur le monde en se positionnant en un vaste territoire du savoir, des savoir-faire et de l’innovation. Pour que ce vœu se transforme en actes gagnants, enseignants, étudiants, parents, décideurs politiques et économiques, syndicalistes et responsables associatifs sont condamnés à être entreprenants. Dans cette stratégie politique d’intérêt national, l’Etat doit s’engager en première ligne en garant et en avant-gardiste d’une nouvelle gouvernance de l’université en visant haut et loin. Nouvelle gouvernance intègre les enjeux de la mondialisation et de l’économie de marché pour déloger l’université de sa tour d’ivoire. Ainsi libérée, elle se réconciliera avec le monde, elle trouvera force et imagination pour produire des vertus insoupçonnées et inestimables. L’université marocaine ne peut, à elle seule, relever les défis de la société des sciences et des techniques. Aucune grande université au monde ne vit recroquevillée sur elle-même et attend que les moyens lui tombent du ciel. C’est une absurdité de vouloir miser sur l’excellence, en parallèle, d’abdiquer de survivre avec les infimes subsides de l’Etat. En effet, les universités américaines, du sud asiatique et de l’Europe du Nord dispensent un enseignement de qualité et gèrent de fortes activités scientifiques et culturelles, des actions humanitaires. En contrepartie, l’étudiant, la famille, l’entreprise, de même que les grandes municipalités, chacun en fonction de son degré d’attachement, de ses relations et de ses affinités avec l’université, apportent soit une contribution financière, soit une assistance, soit une expertise, soit encore une expérience professionnelle et des réseaux. C’est clair, sortir l’université marocaine de sa léthargie, exige des engagements politiques agressifs et courageux de la part de tous, à la hauteur des ambitions et de l’amour que les uns et les autres affectionnent pour leur pays. · Reformatés ou virés Si l’entreprise s’implique à son tour, l’université pourra proposer à l’entreprise une infinité d’opportunités pour la faire profiter de l’affût de nouvelles découvertes scientifiques. Concrètement, elle devra être capable de répondre aux attentes de l’entreprise en effectuant des études, du conseil, de la formation. Ou encore, elle l’assistera dans la création des supports de communication et d’information et l’accompagnera dans la réalisation de campagnes culturelles et des promotions commerciales. Pour que l’université marocaine retrouve ses lettres de noblesse, de ce fait, redevienne l’ascenseur social par excellence, elle devra prouver par des actions irréprochables et constantes, que ses partenaires les plus récalcitrants, en sortiront gagnants. Pour y arriver, on ne dira jamais assez que l’université devra procéder à un travail structurel en profondeur, et ce, à tous les niveaux: formations porteuses, pédagogie interactive, management participatif et engageant, capital humain, aménagement des espaces d’enseignement et culturels, relation avec l’environnement économique et social, des moyens à la hauteur des objectifs à atteindre. Pour ce qui est du capital humain, l’université regorge d’énergies et d’intelligences, toutefois, ces hommes et ces femmes d’esprit paraissent démotivés et en mal-être et social. Somnolant par la force des choses ou chargés d’activités annexes, c’est pourquoi ils ont fortement besoin d’être secoués, revivifiés… Quant à une bonne partie d’entre eux, ils méritent d’être formatés ou carrément priés de vider les lieux. Mouiller sa chemise pour l’université
Payer pour être impliqué
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C’est fini le patron, maitre absolu des lieux
On n'arrive pas à créer une entreprise sur un coup de tête ni par oisiveté, sauf si on est kamikaze où encore si l’on est nourri d'histoires incantatoires et fouriéristes. De même c’est la fin du patron entropique, et maître absolu des lieux, la nouvelle génération est plus jeune, plus volontaire plus nomade au parcours international, plus exposée aux risques, plus multi langues, plus-ntic et communicante et plus esprit d’équipe. Touchée, très tôt, par le virus des affaires, sans complexe, cette nouvelle race de promoteurs a quelques précieux atouts pour se jeter dans la mêlée
Toutefois, les jeunes marocains ne sont pas en général intéressés ni par l’idée d’entreprendre ni par l’audace d'être en premières lignes. Peu téméraires et lymphatiques, leur rêve se réduit à être fonctionnaires de préférence cadres supérieurs. Voyons donc : emploi à vie et avantages sociaux. Mentalités d’installés et des résistants au changement produits par la monstruosité des tares du système scolaire, et plus largement des défaillances structurelles en espaces culturels et d'épanouissement[1].
Moins de 2% de la population active s’investit dans la création d'emplois. Situation culturellement pathologique et très grave quand on sait que le tissu économique et industriel marocain est constitué, à plus de 95% de petites et moyennes entreprises[2].
Pas un seul profil ni une seule voie qui mène à la réussite
Nul doute que l'aventure entrepreneuriale ne botte pas grand monde, et le peu des prétendants partent rarement de rien. Fréquemment, le futur promoteur a déjà baigné dans un milieu socio familial habitué aux affaires. Le cas le plus répandu touche ceux qui y accèdent via l'héritage sanguin, disposant de valeurs sûres. Ces héritiers ayant un où plusieurs parents rôdés aux affaires, leur apportant de l'expérience, des relations, des capitaux, où mieux encore, les trois à la fois.
Une seconde catégorie est issue de familles à l’itinéraire moins glorieux et peu honorable : aux mains sales par le blanchiment d'argent, la corruption, les privilèges de position sociale. Plusieurs experts en ressources humaines casablancais évoquent «qu'on est patron parce qu'on est le fils de son père, où encore parce qu'on a amassé des capitaux de manière peu scrupuleuse».
En tous les cas, rien ne peut constituer une garantie pour gagner en affaires, et il n'y a pas de profil-type ni une seule voie qui mène à la gloire. Ce qui est sûr, de plus en plus, des jeunes gagnent brillamment leurs premiers médaillons de patron, sans être pour autant élevés dans une famille très riche ni issus de parents corrompus[3].
En biseness, l’impossible n’existe pas
Loin de l'image fantasmagorique du self-made-man américain des années 1930, les jeunes promoteurs Marocains ont, dans une très forte majorité, suivi des études en management, en finance, en informatique, en communication, en tourisme et en loisirs, d’autres venant du médical et de l’ingénierie industrielle et en moindre mesure du juridique. Parallèlement, à leur formation académique, ils ont bénéficié d’expériences, à titre de stagiaires, voire de salariés durant quelques saisons, dans une partie d’entre eux a participé à des concours et à des salons en rapport avec leur projet professionnel. Ce rituel initiatique leur a permis de formaliser et de construire leur projet, de mieux cerner les contours et la complexité du monde du travail, et puis de mieux appréhender les aspects pratiques de leur nouveau job, Autrement dit, avant donc de se jeter à l'eau, clairvoyant et soucieux de l’efficacité de leur action, les nouvelles générations de promoteurs s’y préparent. En toute logique, chacun en fonction de sa vocation, ses objectifs, de son audace, de son intuition et aussi de ses réseaux va au charbon.
Les uns veulent planter leur tente artisanale au coin de leur rue, d'autres plus ambitieux se battent pour s’accaparer d’adresses prestigieuses dans les grandes agglomérations marocaines, quant à une infime minorité conçoit le monde comme un petit village résauté, et à tout instant, accessible. Son challenge consiste à s'imposer dans des sphères qui se situent hors des fiefs[4] habituels de leurs aînés.
Ce qui est formidable chez ces futurs patrons créateurs de richesse, tous croient dur comme fer que leur projet professionnel va de paire avec leur projet de vie; c’est pourquoi pour eux en business, l’impossible n’existe pas.
Etre passionné, vigilant et …futé
Conscients que rien n'est simple pour réussir, puisque créer une entreprise leur réclame de détenir une carte multifonctionnelle en compétences, en qualités humaines, le tout effleuré d'un zest d'imagination et énormément de prise de risque. Et ce n'est jamais suffisant, car, il ne faut pas se voiler la face, sans passion, ni peu de capital ni encore quelques bons rapports sociaux privilégiés, on ne peut strictement rien entamer de sérieux ni de durable.
C’est pourquoi, le futur promoteur qui veut ouvrir la boite de pandore du biseness, doit être habile et déterminé, et ose entamer son aventure à trente six mille risques. Cette aventure exige que celui-ci sait comment constituer un dossier en béton, comment choisir un bon nom de marque d’entreprise, comment choisir la forme juridique la plus appropriée, comment s’affirmer par une communication persuasive, comment se défendre devant des institutions financières et des investisseurs, comment développer des relations de confiance avec sa clientèle, ses fournisseurs et des distributeurs, comment se préparer psychologiquement aux trous d'air, comment acquérir les cultures du changement et du risque, et bien sûr, comment gagner de l’argent et de l’estime ?
A ce titre, les plus vaillants, les plus futés des promoteurs de la nouvelle génération, déçus par l'attitude trop timorée et atonique des banquiers et du pouvoir public, leur tournent le dos et pressent le pas. Avant d'avoir quelquefois, finis d'aménager leurs locaux ou d’installer leur enseigne, ils ont déjà raflé de précieuses commandes. Incontestablement, voilà une manière perspicace, hors des sentiers battus, d'opérer, qui place, d’emblée, l’entrepreneur junior en rang de loup convoité…et pourquoi pas, demain, en dinosaure d’affaires !
Merche ou crève
Il n’en demeure pas moins qu’aucun ticket d'entrée au cercle des patrons gagnants n'est octroyé à l’entrepreneur junior sans preuves tangibles[5]. Et pourtant, même s’il cueille les premiers fruits de ses efforts et les affaires marchent bien, il ne doit, sous aucun prétexte, oublier que son entreprise baigne continuellement en zone à très fortes turbulences. A tout moment, le navire peut chavirer, ce qui signifie que le futur entrepreneur doit être « un très bon navigateur, être prêt à avaler de milliers de litres d'eau»[6],
A cet effet, indiquons que taux de mortalité des entreprises est très élevé : à peine 1 entreprise sur 4 tient la route durant la première année. Aux dires des institutions intermédiaires : le CJD, l'ANAPEC, les Chambres de Commerce et d'Industrie, et le CRI (Centre régional d'investissement) ; c’est l'absence de véritables structures appropriées d'accompagnement qui fait dérailler le train. Attentifs au déficit en accueil, en écoute et en suivi, ces organismes proposent aux jeunes promoteurs des kits dont la composition est fortement variable en information et en conseil.
Tous les futurs promoteurs sont embarqués dans le même bateau, ce qui suppose, qu'il y ait beaucoup d’échecs et très peu de réussite. C’est clair, on marche ou on crève, puisque concevoir intellectuellement dans la tête ou sur du papier glacé un projet professionnel ne signifie point que la partie est conquise. C’est pendant toutes les phases de création, du lancement et de gestion, et sans aucun doute, durant tous les jours et les ans après qu'il faut être vigilant et risqueur. Quoi qu'on dise, l'entreprise n'a jamais été un havre de paix ni la finalité principale des amoureux des paris audacieux. Le métier d'un patron ne semble pas de tout repos dont la devise est de bosser quand le peuple roupille. Enfin de compte, les galons d’un patron ne s'acquiert pas par textes ni par hasard, par contre, ce sont le travail cardinal, la passion d’entreprendre toujours mieux et toujours plus, que se réalisent les rêves les plus utopiques, les plus fous.
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